Demeurer ou ne pas demeurer

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Demeurer

La plupart du temps je suis personne.
Lorsque je deviens quelqu’un, c’est là, si je suis conscient et si je suis présent à moi-même dans cette intimité personnelle, que mon travail de chercheur du bonheur commence.
Être sur la voie de l’éveil, sur la voie de la conscience, de ma présence en chaque instant, peu importe les mots employés, est de déceler les moments où je RÉagis. C’est lorsque je lâche ma conscience de l’instant que mon égo surgit. C’est lorsque ma conscience quitte mon esprit que j’emploie le « moi moi moi », « le moi je veux ». C’est aussi lorsque j’observe mon intérieur, mon esprit et mon corps et que j’aperçois une résistance, une altération, une non fluidité, que je dois poser mon regard et que je dois faire une pause afin de resserrer mon observation.

Quel est ce bruit intérieur qui empêche cette fluidité de demeurer en moi ?
Qu’est-ce que je ressens intérieurement face à cette situation ?

Demeurer dans l’instant c’est aussi courir après un but et ce but est souvent emprunt d’égo. Car je VEUX atteindre ce but !
Ne pas demeurer, peut être aussi une manifestation de l’égo qui ne veut pas se fixer. Car je NE VEUX PAS rester pour ne pas être attrapé ou encore ne pas être contrôlé, être étiqueté ou dans beaucoup de cas être différent c’est se démarquer et se faire remarquer pour obtenir une reconnaissance.
Être un demeuré peut être assimilé à : « Rien dans le citron, pas de mourons ». Pas de conscience, une présence soumise aux vicissitudes de la vie aux énergies de toutes sortes. Être la marionnette de n’importe quoi n’importe quand.

Mais sur le chemin de l’obligation de conscience, ou nous pourrions dire, sur un certain cheminement de la vie et de la compréhension des évènements de la vie, comment pouvons-nous nous réaliser si nous ne pouvons rien être ?

Si nous nous focalisons sur être ou ne pas être nous allons dans le mur. Changeons notre focus, qui est sur la démarche du résultat c’est à dire être ou ne pas être, et focalisons-nous sur ce qu’il se passe. Lorsque j’agis ou que je me mets en mouvement avec mon corps, avec mes pensées, avec mes intentions, comment l’environnement extérieur et puis moi intérieurement, comment cette fluidité évolue au fil de temps qui passe dans ce mouvement ?
Lorsqu’on observe notre intérieur et lorsque nous sommes dans notre égo, des tensions et des vacillements intérieurs se font ressentir. On peut même observer parfois des combats intérieurs, des mouvements de fuites incessantes, des peurs, des mouvements du corps qui n’arrête pas de bouger, des pensées qui ne cessent de surgir. C’est toute notre machine, notre corps humain qui nous envoi des signes, et tout cela dénote un sentiment de mal être car notre intérieur n’est pas en paix, ne coule pas avec la rivière des évènements de la vie ou plutôt de la compréhension que l’on se fait de cette vie. En d’autres termes, plus nous sommes loin de la fluidité plus notre égo est présent. Plus nous allons à contre courant plus nous ressentirons de la tension, de la résistance à l’intérieur de nous et aussi dans les évènements extérieur que nous expérimentons chaque jour.

Nous voulons que la vie soit à notre service alors que nous sommes au service de la vie, au service de notre vie. Certes avec des rêves, des aspirations, des envies, des besoins. Ils peuvent tous faire partie de notre vie. Du moment que notre esprit n’y mettra pas de résistance de quelque ordre ou manière que ce soit. Du moment que notre corps soit dans la fluidité, que notre intention soit en accord avec ce lien qui nous lie entre la terre, le ciel et nous.

Être en fluidité ou en accord avec cette trinité, ciel terre et nous, c’est comme respirer mieux. C’est comme souffler dans le relâchement de notre corps. Enfin !

Mais pour cela nous devons nous connaitre. Nous devons fouiller à l’intérieur de nous pour déceler notre nature véritable. Nous devons fouiller pour trouver les reflexes intérieurs que nous nous sommes forgés depuis tant d’années et les lâcher, les laisser aller, ne plus les utiliser. Fouiller pour trouver les réactions que nous avons installées pour nous protéger et les lâcher, les laisser aller, ne plus les utiliser. Car chaque situation est différente même lorsqu’elles sont similaires. Et je dirai même lorsqu’elles sont similaires, c’est peut être une autre chance que nous avons de composer différemment et ainsi trouver la voie du bonheur.

Si nous devons demeurer, c’est dans l’observation continuelle de cette fluidité intérieure.
Si nous devons demeurer, c’est dans la recherche incessante de l’erreur, car lorsqu’il n’y a plus d’erreur il demeure la vérité.
Si nous devons demeurer, c’est dans ce lien intime qui lie notre corps et notre esprit et c’est dans cette intimité très profonde que nous pouvons trouver l’amour de soi.
Si nous devons demeurer, c’est dans cette passion de la connaissance de soi même qui nous fera être en fluidité avec la vie et les autres.

Et même si demeurer peut être une démarche du résultat, c’est à dire que ce sont des buts que nous nous fixons si légers soient-ils, pour l’instant c’est d’en être conscient. D’en être conscient dans la pratique c’est à dire que chaque action, que chaque mot prononcé, chaque pensée, doit faire l’objet d’une observation de notre intérieur. Dans un premier temps nous allons tout prendre pour nous, nous allons nous approprier la situation, la travailler c’est à dire se poser des questions, s’interroger intérieurement, s’observer puis lâcher et passer à autre chose. Pour ainsi, par la suite et toujours dans l’observation de chaque instant, ôter cette saisie, cette prise pour soi de cette situation et passer uniquement dans l’observation.

Observer les situations sans pour autant les saisir. C’est à dire ne pas s’approprier chaque moment qui passe, et cela requiert non pas un contrôle, non pas une maitrise de l’esprit dans le fait de tenir, mais requiert un lâcher prise total, un relâchement. C’est comme se laisser écraser par les émotions et de voir quelles ne font que passer. Leurs traversées sont souvent des moments très désagréables lorsqu’il s’agit d’émotions pénibles. Mais dans tous les cas il s’agit là de passage. Cela ne reste pas. Alors pourquoi s’attacher à cette souffrance ?

Arrêter de saisir les situations ou encore les émotions qui passent, c’est comme laisser tomber nos habits et être nu. Nous n’avons plus besoin d’artifice, plus besoin de mettre de l’importance sur les choses, les évènements pour les voir ou pour composer avec la vie que nous menons. Nous pouvons voir, être présent, être, tout simplement. Certes nous ne supprimons pas les émotions, les ressentis, l’altruisme, l’amour, et ils seront tout simplement vécus dans la plus simple expression sans attachement sans dépendance et sans artifice. Cette simplicité aura pour conséquence d’entrer dans notre profondeur intime, la verticalité. Si ces émotions, ces ressentis et cet amour sont empreint d’artifices, de superficialité, alors cela s’étendra comme un nappe de pétrole sur la mer, l’horizontalité, mais n’entrera pas jusque dans les couches abyssales de notre être.

Nous sortons dans la rue en étant conscient que nous sommes protégés par nos habits. Et cette certitude est, de bien loin, un fondement qui régit toute notre vie. Nous faisons pareil avec nos attitudes, notre caractère, notre façon de parler, notre image, notre dynamique de mouvement, notre façon de conduire etc, et nous nous cachons derrière tout cela. Lorsque nous sortons dans la rue avec la conscience que nous sommes nus sous nos vêtements, que lorsque nous parlons à quelqu’un nous le faisons en étant nu et bien notre manière de communiquer, de marcher, de bouger s’en trouvent grandement modifiés. Nos habits ne sont pas là pour nous protéger mais pour nous déguiser, c’est à dire que nous mettons des artifices pour nous mêler aux autres. Et si vous tentez d’expérimenter de parler à une personne en considérant que vous êtes nu vous verrez que cela ne dure pas très longtemps tant notre conception d’être protégés par nos habits est bien installée.

Essayez de parler à la première personne que vous croisez dans la rue avec la conscience que vous lui parlez en étant nu. Essayez avec votre responsable ou encore avec la première cliente ou le premier client ou encore avec la boulangère, le vendeur de produits frais de votre supérette préférée, ou mieux, dans cette réunion où vous devez prendre la parole.

La pratique c’est cela aussi.
Je vous souhaite une excellente journée.

Hervé
Lesintuitions.com